GenèveL'Uni offre des jeux vidéos créés par ses étudiants
Une nouvelle plateforme numérique regroupe les créations d'un cours de master. Les universitaires y conçoivent des jeux pédagogiques.

Nicolas Szilas, maître d'enseignement et de recherche, et l'un des jeux créé par ses étudiants en master.
draUne enquête policière pour perfectionner son algèbre, une chasse aux sorcières qui aide à l'apprentissage des conjugaisons. Depuis peu, un site de la Faculté de psychologie et des sciences de l'éducation regroupe 24 jeux vidéos en ligne ou en téléchargement gratuit. Quatre autres sont prévus en juin prochain. Tous ont été conçus et développés par des étudiants de l'Université de Genève, dans un cours de master à TECFA (Technologies de formation et apprentissage).
Des demandes multiples
Cet enseignement original (cf. encadré), qui existe depuis plusieurs années, rassemble aujourd'hui une vingtaine de personnes. «Il était dommage que ces créations ne soient pas suffisamment vues et utilisées. La mise en place de cette nouvelle plateforme pourrait changer la donne», espère Nicolas Szilas, maître d'enseignement et de recherche, à l'origine du cours.
«Certaines idées me sont venues de discussions avec des collègues, poursuit l'universitaire. Il fallait répondre à de vrais besoins.» D'autres demandes proviennent d'écoles, d'associations ou encore du secteur privé. Les jeux ciblent plutôt le monde professionnel adulte. Leur conception et leur mise à disposition restent gratuites, même si un projet sur l'apprentissage des langues pourrait à terme être commercialisé.
Quels débouchés?
Pour les étudiants, l'intérêt est multiple. Ils travaillent sur un projet très concret et l'expérience peut par exemple les aider à intégrer des studios de création, «où l'aspect pédagogique n'est pas toujours évident à aborder pour des gens qui produisent de l'«entertainment», souligne Nicolas Szilas. Le «consulting» représente aussi «une piste qui va se développer», assure le chercheur.
Depuis le début des années 2000, les jeux dits «sérieux», dont l'objectif n'est pas seulement le loisir, ont pris un nouvel essor. Mais parallèlement, le monde académique a mis du temps à s'intéresser à cet univers. Ce n'est visiblement plus le cas. «En développant les compétences numériques de sa communauté, l'Unige prépare ses étudiants à des défis qui ne font encore qu'émerger», clame son porte-parole, Marco Cattaneo.
Un défi qu'a relevé Robin Petermann, dont le cursus s'est achevé l'an passé. «J'ai trouvé ce que j'étais venu chercher: comment créer un programme ludique qui, au contraire d'autres jeux, peut vraiment enseigner quelque chose.»
Un cas unique en Suisse romande
Le programme genevois n'a pas d'équivalent dans les autres alma mater de ce côté-ci de la Sarine. L'Université de Lausanne abrite bien le Gamelab depuis 2016; mais on n'y conçoit pas des logiciels: on les étudie. Constitué de quatre chercheurs – dont l'un d'eux, Selim Krichane, publie ce vendredi "La caméra imaginaire" (éd. Georg), un ouvrage sur le rapport entre le cinéma et les jeux vidéos – Gamelab dispense également deux heures de cours hebdomadaires en Sciences humaines et sociales, à l'EPFL. Il est consacré à la culture, l'histoire ou encore à l'utilisation des plateformes ludiques, notamment pour l'enseignement. L'Ecole polytechnique de Lausanne, justement, propose "de nombreux cours qui font appel aux jeux vidéos", souligne son service de presse. Mais aucun ne porte sur leur conception.