GenèveToucher des sous pour libérer une place de crèche
Le PLR veut changer le refrain «un enfant=une place en crèche» et propose un système de subvention directe. Le projet décourage le retour au travail des femmes, déplorent le PDC et le PS.

Le PLR veut laisser le libre choix aux parents de faire garder leurs enfants en crèche, avec une maman de jour ou de rester à la maison avec eux.
iStock«Une place en crèche est forcément subventionnée. Pourquoi pas donner l'argent aux parents et leur laisser le libre choix du système de garde?» Le PLR, et pour lui Simon Brandt, s'intéresse aux tout-petits. Il imagine, dans un projet de délibération déposé au début du mois au Municipal de la Ville, un système de bon de garde. Les parents qui n'ont pas de place en crèche mais aussi- et surtout- ceux qui aimeraient s'occuper de leurs enfants mais n'en n'ont pas les moyens toucheraient une subvention. Un coup de pouce qui compenserait un temps de travail baissé, notamment.
«Aujourd'hui, le seul moyen d'être aidée par les pouvoirs publics c'est d'être placé en crèche, déplore Simon Brandt, qui convoite un siège au Conseil administratif. Or, certaines familles aimeraient passer plus de temps avec leurs enfants et en auraient presque la possibilité. A l'inverse, des familles mono-parentales de la classe moyenne inférieure ne peuvent pas fonctionner sans crèche, et n'ont pas de place.»
Pour le PLR, la subvention, fixée en-dessous de ce que paye la collectivité pour les places en espace de vie enfantine, serait à terme une solution moins chère que financer des places pour tous les petits. «Le coût moyen d'une place en crèche est de 42'000 francs, financé à 75% par la collectivité, explique Simon Brandt, élu municipal. Ce pourcentage serait corrélé au revenu de la famille et au nombre d'enfant pour évaluer la valeur des bons, distribués dans les communes. L'idée est de faire une tabelle.» Le revenu maximal pour prétendre au subside n'a pas encore été étudié.
L'idée d'offrir une subvention aux parents qui n'ont pas de solution de garde a été examinée par Christina Kitsos, candidate socialiste à la Mairie de Genève. Mais selon elle, le projet pose plusieurs problèmes. «Le service public c'est une qualité offerte à tous, cela ne fonctionne pas à la carte. Il est important de mettre la priorité sur les crèches en garantissant un encadrement de qualité avec un personnel formé, des dépistages précoces, la sociabilisation.» Elle redoute également un projet qui encouragerait les femmes, «encore très majoritairement en charge de l'éducation», à ne pas reprendre le travail et à se trouver en situation de précarité des années plus tard. Une crainte partagée par Marie Barbey-Chappuis, qui convoite une place à l'Exécutif sous la bannière PDC. «Je suis très réservée. Tel quel, ce texte encourage les femmes à baisser leur temps de travail, au risque de prétériter leur parcours professionnel.»
Une étude menée par le Bureau de l'égalité, citée par le PLR, indique pourtant «que les mères dont le mari travaille à plein temps n'ont pas forcément intérêt à travailler à plus de 60%», taxes et impôts obligent. «Chaque parent fait le choix qu'il veut mais on ne doit pas mettre une pression supplémentaire sur les femmes pour qu'elles travaillent moins, soutient Marie Barbey-Chappuis. L'étude pointe du doigt un fait dont nous ne devons pas nous satisfaire.»