SuisseUne évaluation sexuelle pour les futurs prêtres?
La Conférence suisse des évêques envisage d'introduire des cours d'éducation sexuelle pour les séminaristes. L'Eglise veut aussi davantage faire appel à la justice en cas d'abus sexuels.

Photo d'illustration.
KeystoneLa commission «Abus sexuels dans le cadre ecclésial» de la Conférence des évêques suisses (CES), qui se tiendra dès lundi à St-Gall, planche sur de nouvelles mesures en matière de prévention. Il est question de mettre sur pied des cours ou des évaluations pour séminaristes afin de saisir d'éventuels comportements incompatibles avec la fonction de prêtre.
«Je peux imaginer par exemple que les futurs prêtres, avant leur bénédiction, doivent passer une évaluation concernant le rapport à leur propre sexualité», a indiqué le président des experts mandatés par les évêques Giorgio Prestele dans Le Matin Dimanche. La CES ne prendra pas de décision dans l'immédiat, a précisé la porte-parole.
Lors de cette rencontre, les évêques devront aussi décider si les abus dans l'Eglise catholique qui seraient poursuivis d'office dans le monde séculier seront systématiquement dénoncés à la justice. La CES veut adapter ses directives en ce sens. Les victimes n'auront ainsi plus le choix.
Jusqu'à présent, les victimes ont un droit de veto si elles souhaitent que leur cas ne soit pas dénoncé à la justice et si elles acceptent qu'il soit traité par l'Eglise elle-même. La Conférence des évêques veut changer ce système et va adapter ses directives à l'occasion de son assemblée ordinaire à St-Gall de lundi à mercredi.
La porte-parole de la CES, Encarnación Berger-Lobato a confirmé à Keystone-ATS les informations du Matin Dimanche et de la SonntagsZeitung. «Ce droit de veto des victimes a été mal compris de l'opinon publique. Il laissait penser qu'il y avait une volonté de cacher des faits».
Droit de veto mal compris
Aujourd'hui, l'Eglise veut y mettre un terme et va introduire l'obligation de dénoncer à la justice les cas où des indices laissent penser qu'il pourrait s'agir de délits poursuivis d'office, poursuit-elle. Cela devrait concerner notamment les actes à caractère sexuel. Les victimes adultes - les cas d'abus sur des enfants étant dénoncés d'office à la justice - n'auront ainsi plus le choix d'éviter les juges. Il y a le risque que ces personnes ne viennent plus s'annoncer, selon Encarnación Berger-Lobato. Les évêques discuteront de la question durant leur réunion à St-Gall.
Depuis 2010, 283 personnes se sont annoncées auprès de l'Eglise catholique pour dénoncer des abus. La plupart concernent des actes qui remontent au passé. Il y a eu entre 11 et 24 annonces de 2011 à 2016, 65 l'an dernier, loin des 115 en 2010. La brusque remontée l'an dernier résulte de l'appel lancé en décembre 2016 par les évêques à dénoncer les agressions subies.
Surtout des abus à caractère sexuel
Les statistiques de la CES pour les années 2010 à 2016 recensent 243 types d'abus dénoncés par des victimes auprès de l'Eglise. Seule une cinquantaine ne sont pas liés à des abus à caractère sexuel. Parmi eux figurent sept viols. Les nouvelles directives en matière d'obligation de dénoncer à la justice sera signée par la CES puis prochainement par les ordres.