Contestation en TurquieVote symbolique massif en faveur du maire d'Istanbul incarcéré
Quinze millions de Turcs se sont rendus aux urnes dimanche pour exprimer leur soutien à Ekrem Imamoglu, lors de la primaire de l'opposition.

13'211'000 électeurs externes au parti ont voté pour Ekrem Imamoglu.
AFP«On ne va pas se laisser aller au désespoir!» lance Aslihan, une Stambouliote de 38 ans qui patiente dimanche dans une file d’attente du quartier de Besiktas, à Istanbul. La primaire organisée en Turquie par le parti d’opposition CHP malgré l’incarcération dimanche de son seul et unique candidat, le maire d’Istanbul Ekrem Imamoglu, a pris la forme d’un plébiscite et mobilisé bien au-delà de ce parti.
«Nous sommes toujours avec lui»
Dès 8h (6h du matin en Suisse), les votants de tous âges se sont pressés vers les bureaux ouverts par le Parti républicain du peuple (CHP, social-démocrate), le parti laïc de Mustafa Kemal, le fondateur de la République turque. Au point que les opérations ont été prolongées de plus de trois heures pour accueillir quinze millions de votants, dont 13,2 millions extérieurs au parti, qui tous ont exprimé leur solidarité avec le maire, selon le décompte provisoire comuniqué par a municipalité d’Istanbul. Un résultat salué par l’édile depuis sa cellule, dans la prison de Silivri à l’ouest d’Istanbul.
«Dès qu’il y a un opposant fort, ils essaient de l’éliminer. On a une dictature en Turquie en ce moment, rien d’autre. Nous vivons en république mais elle n’en a que le nom», s’insurge Ferhat, 29 ans, qui comme beaucoup renâcle à donner son nom de famille. «Nous sommes venus soutenir notre maire. Nous sommes toujours avec lui», poursuit sa voisine, Kadriye Sevim, sous une tente dressée près de la municipalité d’Istanbul, haut lieu de la contestation depuis l’arrestation mercredi du maire de cette ville, le principal opposant au président Recep Tayyip Erdogan.
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«Coup d’État politique»
«En aucun cas, aucun pouvoir n’a le droit de faire cela à la jeunesse et au peuple turc. Nous nous opposerons jusqu’à la fin. Imamoglu sortira de là parce que c’est une grande injustice», martèle Kaan Peker, un ingénieur du son de 25 ans.
Ekrem Imamoglu, seul candidat en lice, devait être initialement être investi dimanche comme candidat à la prochaine élection présidentielle en 2028. Un juge a ordonné dimanche matin son incarcération, qualifiée de «coup d’État politique» par le Parti républicain du peuple (CHP, social-démocrate), la première force d’opposition à laquelle appartient Ekrem Imamoglu. Ses avocats ont annoncé qu’ils feraient appel de cette décision. Le juge qui a ordonné le placement en détention du maire pour «corruption», a en revanche rejeté un ordre de détention pour «terrorisme». «Ekrem Imamoglu est en route vers la prison mais il est aussi en route vers la présidence», a lancé Özgür Özel, le chef du CHP.
Les autorités turques ont demandé le blocage de plus de 700 comptes X, affirme le réseau social
Les autorités turques, confrontées à une vague de contestation déclenchée par l’arrestation du maire d’opposition d’Istanbul Ekrem Imamoglu, ont demandé au réseau social X la fermeture de plus de 700 comptes d’opposants, a annoncé la plateforme.
«Nous nous opposons aux multiples décisions de l’Autorité turque des technologies de l’information et de la communication demandant le blocage de plus de 700 comptes d’organismes de presse, de journalistes, de personnalités politiques, d’étudiants et d’autres personnes en Turquie», a écrit dimanche soir l’équipe de communication du réseau social sur X. «Nous pensons que cette décision du gouvernement turc est non seulement illégale, mais qu’elle empêche également des millions d’utilisateurs turcs d’accéder aux informations et au débat politique dans leur pays», poursuit X.