Genève: Drogue et sexe avec d’ex-élèves: le prof échappe au pire 

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GenèveDrogue et sexe avec d’ex-élèves: le prof évite la prison

Le Tribunal correctionnel a infligé 24 mois de prison, mais avec sursis, à l’enseignant ayant eu des ébats sexuels avec des mineurs de plus de 16 ans. Les juges ont écarté toute contrainte.    

Une salle d’audience du Palais de justice de Genève.

Une salle d’audience du Palais de justice de Genève.

20min/Vanessa Lam

Il risquait très lourd, puisque le Ministère public avait requis 6 ans de prison ferme à son égard. L’ancien enseignant du Cycle d’orientation qui avait couché et s’était drogué avec des ex-élèves de 16 ans évite finalement le pire, c’est-à-dire l’incarcération. Ce vendredi, le Tribunal correctionnel l’a condamné à 24 mois de prison avec sursis. Les juges ont écarté toute forme de contrainte à l’encontre des deux garçons qui avaient atteint leur majorité sexuelle. Il a donc été acquitté sur ce volet, le plus grave.

«Il leur a mis un pied dans le monde de la toxicomanie»

En revanche, le quadragénaire a été condamné pour avoir donné des stupéfiants (MDMA, ecstasy, cocaïne) à des jeunes de moins de 18 ans. «Le prévenu a amené avec un manque de discernement certain deux mineurs à consommer de la drogue et leur a mis un pied dans le monde de la toxicomanie», a noté le président Niki Casonato, qualifiant la faute de «très importante». Le professeur a aussi été sanctionné pour avoir détenu un grand nombre de fichiers pédopornographiques; et pour avoir filmé à leur insu des jeunes hommes dans les toilettes d’un centre commercial. En plus de sa peine, il a écopé d’une interdiction à vie d’exercer une activité avec des mineurs.

Pas de pression psychique

Les magistrats ont longuement expliqué comment ils étaient arrivés à ce jugement: en éliminant une à une toutes les infractions supposant que les adolescents aient été forcés à entretenir des relations intimes avec le prévenu adulte. Pas de contrainte sexuelle, donc, car elle nécessite justement un moyen de contrainte. Or, l’alcool et les stupéfiants ont été pris de manière volontaire par les jeunes gens, qui n’ont jamais été inconscients et ont toujours consenti aux ébats proposés. Les juges n’ont pas davantage retenu de pression psychique, relevant «qu’aucune relation préexistante soutenue» n’avait offert de levier au professeur pour soumettre les mineurs.

«Pas incapables de se défendre»

L’incapacité de discernement ou de résistance a elle aussi été évacuée, en particulier parce que s’ils étaient certes «défoncés»,  ils se souviennent des faits et y ont pris une part active. «Il n’étaient pas totalement incapables de se défendre», a relevé le président, notant d’ailleurs qu’ils avaient parfois refusé, avec succès, de se livrer à certains actes. Quant à la dépendance, elle a aussi été éliminée, la seule différence d’âge ne suffisant pas à l’établir. Selon le tribunal, seule une relation de type «secte, religion, besoin de stupéfiants ou famille» peut créer un tel lien. «Il ne peut être retenu que le prévenu avait une position d’ascendance suffisante» sur les plaignants, «malgré leur dépendance affective».

12’000 francs de tort moral

Le président n’a cependant pas ménagé l’ex-enseignant, soulignant que «ses agissements ont eu des effets très importants sur les deux plaignants», dont l’un en est même venu à prendre du crack. «A aucun moment, il n’a considéré le bien-être de deux mineurs en construction», préférant «assouvir ses besoins sexuels» de manière «égoïste». En sus de sa peine, assortie d’une obligation de traitement psychothérapeutique, le condamné devra verser 7000 francs de tort moral à l’un des jeunes, et 5000 francs à l’autre. 

Pour rappel, ce maître avait entretenu de multiples rapports sexuels avec deux garçons âgés de 16 ans à l’époque des faits, dès 2017, durant quelques semaines pour l’un, pendant près de trois ans pour l’autre. Lors de soirées à son domicile, il leur fournissait toujours au préalable de la drogue (ecstasy, MDMA, cocaïne) et d’autres substances (viagra, poppers, somnifères, alcool). Les jeunes gens avaient porté plainte en 2020, estimant avec le recul avoir été manipulés et amenés de manière insidieuse à entretenir des relations intimes qu’en réalité ils ne souhaitaient pas.

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