Guerre en Ukraine«Qu’est-il arrivé à Emmanuel Macron? A-t-il perdu la boule?»
Le président français est devenu la bête noire du Kremlin, qui en est même arrivé à menacer sa sécurité s'il se rendait en Ukraine prochainement.

Emmanuel Macron a tenu jeudi soir un discours à la télévision pour réaffirmer son soutien inconditionnel à l'Ukraine.
AFPLe président français, taxé de faiseur de guerre par Moscou, est devenu la bête noire de la propagande russe depuis qu’il a évoqué le possible envoi de soldats occidentaux en Ukraine.
Les coups les plus violents sont venus de l’ex-président Dmitri Medvedev, aujourd’hui numéro deux du Conseil de sécurité du pays. Autrefois libéral assumé, ouvert à l’Occident, il est devenu l’un des plus féroces adversaires du «camp d’en face» depuis l’invasion de l’Ukraine par son pays le 24 février 2022.
Allant jusqu’à menacer, de façon voilée, la sécurité d’Emmanuel Macron s’il se rendait à Kiev, il a aussi ironisé à chaque report du voyage présidentiel, initialement annoncé pour février puis avant la «mi-mars», et désormais dans les «prochaines semaines». «C’est un trouillard», a-t-il lâché sur X dans un message aux accents particulièrement orduriers. Emmanuel Macron a démenti jeudi soir toute considération liée à la sécurité dans le report de son déplacement.
Du côté du Kremlin, le vocable est beaucoup plus policé mais le message tout aussi frontal alors que les Russes s’apprêtent à voter de vendredi à dimanche pour choisir leur président, une élection destinée à triomphalement reconduire Vladimir Poutine pour un cinquième mandat à la tête du pays.
Le sort de Napoléon en guise de menace
«Qu’est-il arrivé à Emmanuel Macron? A-t-il perdu la boule?», a demandé le présentateur pro-Kremlin Dmitri Kissilev mercredi au président russe. «Je pense qu’il y a de la rancune» en raison de l’influence grandissante de la Russie en Afrique, a répliqué Vladimir Poutine.
Après les propos du président français le 26 février sur l’éventualité d’un envoi de militaires occidentaux en Ukraine, il lui avait promis le sort de Napoléon dans sa terrible campagne de Russie s’il passait de la parole aux actes. «Les conséquences de ces interventions seraient vraiment tragiques», avait-il asséné en agitant la «menace réelle» d’une guerre nucléaire.
Avant même les déclarations contestées du président français, l’ambassade russe en France avait déjà dénoncé, début février, «l’irresponsabilité et le danger de l’implication de plus en plus grande de Paris dans le conflit ukrainien».
Virage à 180 degrés
Pour Tatiana Kastouéva-Jean, spécialiste de la Russie à l’Institut français des relations internationales (Ifri), le virage à 180 degrés d’Emmanuel Macron vis-à-vis de Vladimir Poutine a déclenché ce paroxysme. «Il y a une incompréhension: comment on passe de quelqu’un qui veut discuter avec la Russie, être le médiateur, à quelqu’un qui prend le lead du camp le plus dur face à elle», relève-t-elle.
«En Russie, ils ont bien entendu des «troupes au sol» et pour eux, la traduction était univoque: c’est, on envoie l’Otan pour aider l’Ukraine», ajoute-t-elle. Or depuis l’époque soviétique, l’Otan est l’épouvantail dans la perception russe, la menace existentielle par excellence.
Le président français a explicité jeudi soir sa position, assurant que l’Europe devait être «prête à répondre» à une «escalade» de la Russie, mais sans «jamais» prendre elle-même «l’initiative» de l’engagement militaire.
S’il a durci le ton dès 2023 envers Moscou, il se montre beaucoup plus alarmiste depuis sa dernière rencontre avec son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky le 16 février à Paris, avertissant désormais que la Russie «ne s’arrêtera pas là» si elle gagne en Ukraine. «Je pense qu’il a réalisé que Poutine l’a trompé», a esquissé le président ukrainien lundi sur BFMTV.