VaudRecul des violences domestiques: les chiffres ne disent pas tout
Les statistiques de 2020 publiées en début de semaine s’appuient sur les interventions policières recensées dans le canton. Les associations actives dans la lutte contre les violences domestiques ne sont pas aussi catégoriques.

Les statistiques policières relatives aux violences domestiques suscitent des questions.
istockLes statistiques reflètent-elles toujours la réalité? Les chiffres publiés au début de la semaine sur la baisse des violences domestiques en 2020 dans le canton de Vaud, contrairement à la moyenne suisse, suscitent des interrogations. «La statistique policière est la pointe visible de l’iceberg. Elle ne représente pas l’ensemble de la réalité de la violence domestique», estime Marion Labeaut, coordinatrice à l’association romande Violence que faire, un service de conseil en ligne anonyme et gratuit. Les statistiques policières ne s’appuyant que sur le nombre de leurs interventions, elles ne prennent pas en considération les demandes de renseignements en ligne et par téléphone ni les consultations auprès des organismes destinés aux victimes de violences conjugales.
Christophe Dubrit, chef du service du centre LAVI (loi fédérale sur l’aide aux victimes d’infractions) du canton de Vaud, a constaté une augmentation de toutes les formes de violences confondues, l’an dernier. «Nous avons traité 272 dossiers de plus qu’en 2019», indique-t-il. Les chiffres n’ont en revanche pas varié pour le Centre d’accueil MalleyPrairie qui a le mandat d’héberger, d’accompagner et de conseiller les femmes victimes de violence conjugale dans le canton de Vaud.
Cercle vicieux
Pour la police vaudoise, la nouvelle loi cantonale, entrée en vigueur en 2018, et visant à mieux protéger les victimes, «qui frappe, part», aurait favorisé le recul du nombre d’infractions liées à la violence domestique. Un service d’accompagnement composé de professionnels mis en place après l’expulsion de l’auteur des violences du domicile conjugal ou familial intervient rapidement au domicile de la victime. Dans ce contexte, une hausse de demandes de soutien a été observée, selon Christian Anglada, coresponsable des centres de prévention de l’Ale et de MalleyPrairie, à Lausanne.
Les organismes de lutte contre les violences conjugales mettent en lumière la situation épidémiologique liée à la pandémie. Par crainte pour leur santé, des victimes ne sont pas sorties de chez elles pour demander de l’aide et porter plainte. Les demandes d’hébergement au Centre d’accueil MalleyPrairie ont baissé durant le confinement de mars 2020. «Nous avons même été en dessous des chiffres habituels. Les personnes ont sans doute préféré se protéger du Covid», explique Christian Anglada.
Climat propice à la violence
Mais l’impact du Covid va au-delà du risque sanitaire. Le télétravail, les difficultés économiques liées au chômage et le stress ambiant ont fortement pesé sur le moral des familles et ont créé un climat anxiogène. L’association Violence que faire a observé, entre avril et mai 2020, un pic de fréquentation sur son site internet, y compris sur le nombre de questions qui lui ont été adressées. «Les personnes qui nous ont contactées étaient des proches ou des voisins. Certaines s’inquiétaient des cris entendus dans les logements, tandis que d’autres redoutaient une intensification de la violence observée avant la pandémie déjà. Toutes ne savaient pas comment agir ou réagir», souligne Marion Labeaut.
«Il n’y a pas eu une explosion de violences au sein des couples. Mais nous avons remarqué que la période Covid a fragilisé les gens. Il y a eu une augmentation dans les autres types de violences exprimées», rapporte Christophe Dubrit, au centre LAVI.
État genevois pointé du doigt
À l’autre bout du lac, les associations actives à Genève ont constaté une augmentation du nombre d’appels à l’aide en lien avec les violences domestiques. Face à cette situation, les socialistes genevois demandent davantage de moyens et de lieux d’hébergements pour celles et ceux qui subissent coups et pressions psychiques dans le cercle familial. Ils appellent les autorités cantonales et fédérales à agir.