RussieRecherché, le chef des Serbes de Bosnie réapparaît à Moscou
La justice bosnienne a émis un mandat d’arrêt international contre Milorad Dodik, recherché pour attaque contre l’ordre constitutionnel.

Milorad Dodik a assisté à une conférence sur l’antisémitisme à Jérusalem le 27 mars 2025.
AFPRecherché depuis des semaines par la justice de son pays, le chef des Serbes de Bosnie, Milorad Dodik, continue ses voyages à l’étranger. Après la Serbie et Israël, il est arrivé lundi soir à Moscou.
«Je suis arrivé à Moscou. Je commence chacun de mes séjours ici par la visite à la tombe du Soldat inconnu», explique dans une vidéo diffusée sur X le président de la Republika Srpska (RS), l’entité des Serbes de Bosnie, recherché par la justice bosnienne qui le soupçonne d’attaque contre l’ordre constitutionnel.
Dans une vidéo d’environ deux minutes filmée juste sous les murs du Kremlin, Milorad Dodik loue «le leader historique (…) du peuple russe, Vladimir Poutine». «Ce qu’il a fait pour ressusciter la Russie est accompli seulement par de rares [hommes] dans l’Histoire», poursuit Milorad Dodik, considéré comme un proche du président russe, sans toutefois évoquer de rencontre.
Refus de coopérer
Costume sombre, Milorad Dodik affirme qu’il sera «de nouveau» à Moscou le 9 mai, «pour commémorer les 80 ans de la victoire sur le fascisme, dans laquelle les peuples russes et serbes ont le plus souffert». Avant de fustiger «l’élite mondialiste, qui cherchait à fragmenter la Russie elle-même».
Accusé depuis des années de velléités sécessionnistes, le président de l’entité serbe (49% du territoire de la Bosnie) doit être interrogé par la justice centrale qui l’accuse d’attaque à l’ordre constitutionnel après une série de mesures visant à annuler toute autorité de la police et de la justice centrales en RS.
Depuis la fin de la guerre, en 1995, la Bosnie est divisée en deux entités autonomes, la RS et la Fédération croato-musulmane, reliées par un gouvernement central. Mais Milorad Dodik ne reconnaît plus la justice centrale et refuse de répondre à la convocation des procureurs. La justice a donc émis un premier mandat d’arrêt, le 18 mars. Puis, jeudi, 27 mars, un second mandat d’arrêt, international.
Aucune «notice rouge»
Il est maintenant de la responsabilité d’Interpol de diffuser ce mandat, avait alors affirmé la justice bosnienne. Lundi soir, aucune «notice rouge» à l’encontre de Milorad Dodik n’était en ligne sur le site d’Interpol.
Tout pays membre, comme l’est la Bosnie, peut demander à l’organisation internationale de coopération policière de diffuser cette «notice rouge» aux autres membres. Mais avant de le faire, Interpol effectue des vérifications ce qui, dans le cas des dossiers sensibles ou politiques, comme celui de Milorad Dodik, peut prendre un certain temps.
Milorad Dodik, était en Israël lorsque le mandat d’arrêt international a été demandé, pour participer à l’invitation du gouvernement israélien à une conférence sur l’antisémitisme. Son avion semble ensuite avoir atterri à Belgrade, avant que le dirigeant n’apparaisse sur la place Rouge.
Soutien à Marine Le Pen
Les mesures sécessionnistes dont il est accusé ont été adoptées en riposte à la condamnation fin février de Milorad Dodik par la Cour d’État à un an de prison et six ans d’interdiction d’exercer ses fonctions, pour non-respect des décisions du Haut représentant international, chargé de faire respecter l’accord de paix de Dayton (1995) en Bosnie.
Depuis le début de ce procès, auquel il a quand même assisté, Milorad Dodik n’a de cesse de fustiger une «persécution politique». Lundi après-midi, juste après la condamnation de la cheffe de file de l’extrême droite française Marine le Pen à cinq ans d’inéligibilité pour détournement de fonds publics et quatre ans de prison, le leader serbe a comparé leurs destins.
«Comme dans mon cas, le jugement n’est pas rendu au nom de la loi, mais pour des raisons politiques», a-t-il écrit sur X, «Elle, comme moi, paie le prix parce qu’elle bénéficie du soutien du peuple qu’ils ne peuvent pas vaincre aux élections. Les tribunaux sont devenus les outils de ceux qui craignent la démocratie».