ÉconomieEpargnants floués: la version de l'actionnaire majoritaire
Laurin Fäh conteste avoir volé PrimeEnergy Cleantech, en faillite. Il juge que la FINMA est largement responsable de la déconfiture de la société.

PrimeEnergy Cleantech émettait des obligations vertes et investissait dans le solaire et l'éolien.
Getty imagesLe 18 octobre, PrimeEnergy Cleantech annonçait à ses nombreux petits investisseurs sa prochaine faillite. Privée de trésorerie, elle n'était plus capable de leur verser les intérêts liés aux obligations vertes qu'ils avaient acquises. Son CEO expliquait que cette situation était due à des prêts accordés à «l’actionnaire majoritaire de PEC, des sociétés affiliées ainsi que des parties proches de cet actionnaire», que ces derniers n'auraient pas remboursés.
Ce jeudi, Laurin Fäh, l’actionnaire majoritaire de PrimeEnergy Cleantech, a pris la parole pour la première fois. Il conteste vivement avoir volé l’entreprise. Il affirme en particulier avoir déjà remboursé 9,8 millions sur le prêt de 19,5 millions que la société lui avait accordé. «3,2 millions en cash, et 6,65 millions sous forme de compensations». Quant aux 51 millions de prêts accordés à des sociétés liées, il explique d’une part qu’elles sont toutes «en bonne santé», et d’autre part qu’il n’en est nullement bénéficiaire.
«Le problème, c'est un contrôle de la FINMA»
Selon lui, la déconfiture actuelle de PrimeEnergy Cleantech ne lui est en rien imputable. «Le problème, c’est un contrôle que la FINMA (ndlr, l'autorité suisse de surveillance des marchés financiers) a diligenté fin 2023. C’est elle la responsable. Elle nous a reproché d’avoir récolté des fonds sans respecter les normes. Elle nous a bloqués. On n’avait plus le droit d’émettre d’obligations.» Autrement dit, l’entreprise a subitement été privée d’entrées de cash. Une situation aggravée par la guerre en Ukraine, qui a fait monter les taux d’intérêt. «On a été trop optimistes, on a trop investi, et la guerre a tout changé.»
«Les investisseurs ne vont pas tout perdre»
Aujourd’hui, il se désole d’un dépôt de bilan «inévitable» alors que, pourtant, PrimeEnergy Cleantech «a énormément de substance. On a pour 50 millions d’immeubles, pour 80 à 100 millions d’installations solaires. Mais c’est bien connu: une entreprise fait faillite à cause du cash, pas à cause de la substance.»
Laurin Fäh affirme néanmoins que celle-ci doit rassurer les investisseurs. «La valeur d’une société liquidée est bien sûr plus faible qu’une société en marche, mais je veux leur dire qu’ils ne vont pas tout perdre. Nous allons vendre au meilleur prix, et ils devraient donc pouvoir récupérer au moins 70% de leur investissement en obligations.»
«Cela relève du schéma de Ponzi»
Les explications de Laurin Fäh, qui juge que la FINMA est en grande partie responsable de la déconfiture de PrimeEnergy Cleantech, stupéfient Me Pascal Pétroz. Pour cet avocat spécialiste en droit financier, «cela revient à dire à des retraités qui ont tout perdu que c'est la faute de la police. C'est absolument révoltant.» Son analyse va plus loin. Il estime que si c'est bien l'interdiction d'émettre des obligations qui a privé de cash PrimeEnergy Cleantech, «cela relève du schéma de Ponzi, le procédé employé par Bernard Madoff jusqu'à son arrestation en 2008: utiliser l'argent des nouveaux investisseurs pour payer les intérêts dus aux anciens.»
La liste de la FINMA
Sur son site, la FINMA explique que «dès lors qu'une personne ou une entreprise entend accepter de l'argent placé par des clients ou des investisseurs, signer des polices d'assurance ou proposer et gérer des fonds de placement, elle a besoin d'une autorisation correspondante de la FINMA. Pour l'obtenir, il lui faut satisfaire aux exigences légales.» Elle tientune liste, publique, des établissements autorisés. PrimeEnergy Cleantech n'y figure pas.