L'élue vaudoise Mathilde Marendaz reçoit de graves menaces

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Elue vaudoise menacée«Je n’ai pas osé rentrer chez moi hier soir»

La députée d’extrême gauche qui avait brandi une pancarte anti-police a reçu une nouvelle lettre d’insultes et de menaces particulièrement gratinée. Elle déposera plainte.

La députée yverdonnoise Mathilde Marendaz n’en est pas à sa première lettre d’insultes.

La députée yverdonnoise Mathilde Marendaz n’en est pas à sa première lettre d’insultes.

24heures/Odile Meylan

Ce n’est pas la première fois que la députée vaudoise Mathilde Marendaz fait face à des attaques personnelles, mais la lettre qu’elle raconte avoir reçue ce mercredi va particulièrement loin. Le courrier anonyme enchaîne les menaces et les insultes, menaçant de la «brûler comme Jeanne d’Arc» «dès qu’on aura trouvé ton adresse», et de la suivre dans la rue pour la poignarder dans le dos. «Non, on ne va pas te tuer, mais t’handicaper à vie», écrit l’auteur.

La députée a posté la lettre sur Instagram.

La députée a posté la lettre sur Instagram.

Instagram

«C’est très affectant, réagit l’Yverdonnoise. On a beau se dire, rationnellement, que ce ne sont pas des gens qui passeront à l’acte… Je n’ai pas osé rentrer chez moi hier soir.» Elle déposera plainte contre inconnu et appelle le Ministère public à redoubler d’efforts dans ce type d’investigations. Elle invite aussi le Grand Conseil à prendre position publiquement.

La colère de l’auteur du courrier, écrit-il, tient au «dénigrement» de la députée d’Ensemble à Gauche à l’égard de la police. Ce printemps, elle était en effet apparue sur une photo tenant un panneau portant la mention «ACAB», soit «tous les policiers sont des bâtards». Cette photo avait provoqué de vives réactions et une plainte, classée depuis. «Je l’ai dit partout et je le redis: c’était maladroit et je n’ai jamais voulu insulter les policiers, réagit-elle. Mais on devrait pouvoir critiquer les institutions sans recevoir en retour des menaces d’une telle violence.»

Un problème sexiste

Les réactions de soutien ont afflué vers Mathilde Marendaz, qui précise qu’elles proviennent de plusieurs bords politiques. La Vaudoise déplore par ailleurs que seules les élues de gauche semblent menacées et insultées. Un constat relayé par son parti, qui souligne «le caractère sexiste de tout ce texte» et rappelle «que dans la sphère politique les femmes sont particulièrement la cible de ce type de comportement.» Plusieurs exemples ont ainsi été médiatisés. Les journaux de Tamedia ont d’ailleurs réalisé récemment une enquête nationale montrant notamment que les femmes sont effectivement davantage ciblées que les hommes par de telles attaques. Un UDC zurichois témoignait toutefois alors aussi de plusieurs lettres de menaces, mais il souhaitait rester anonyme.

Contactée, la présidente du PLR Vaud Florence Bettschart-Narbel confirme n’avoir pas connaissance de courriers de ce type envoyés à des élus de droite récemment. «Malgré des positions controversées, par exemple dans le cadre des grèves liées à l’indexation, je n’ai jamais reçu de telles injures. Toutefois, si ça avait été le cas, je les aurais dénoncées mais probablement pas publiées, de peur de faire un appel d’air.» Elle rejoint toutefois Mathilde Marendaz sur l’hypothèse selon laquelle, en tant que femme, elles sont plus facilement ciblées. Quant aux sujets qui fâchent, elle n’en voit pas particulièrement, à part peut-être les questions animales, comme lors de l’affaire du chien «Chalom» qui avait valu des menaces à Jacqueline de Quattro. «Sinon, des quérulents inquiétants, il y en a de temps à autres; le Parlement a d’ailleurs été récemment sécurisé. Mais je refuse de vivre dans la peur.»

Zurich s’attaque au problème

Le canton de Zurich vient de lancer un projet pilote pour lutter contre ces messages haineux en ligne et par courrier envoyés aux élus, rapporte le site ajour.ch. Une plateforme tenue par des juristes permet aux victimes de recevoir des conseils sur la gravité des mots reçus, et les aide le cas échéant à porter plainte. Une première enquête doit permettre de quantifier le problème.


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